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mercredi 20 février 2008

En vrille

Plante tes yeux de souvenirs au ventre du plafond.
Etends les bras dans l’air absent, et tourne !
Tournoie ! Flamboie, poupée de cendres !
Que tes pieds de bois mort s’entrechoquent en silence !
Les murs sont en lambeaux de couleurs mélangées !
Les poutres s’enchevêtrent en spirales chahutées !
Et ton cœur…
Ton cœur remonte dans ta poitrine !
Il faut tourner plus vite sur toi-même, sur la haine,
Pour extirper ce mal qui te consume ;
Cet embryon sans nom qui ne veut pas grandir,
Ce fantôme méprisant qui te hante la raison…
Plus vite ! Plus vite le tourbillon, la déraison !
Jusqu’à la vraie démence !
Celle qui égorgerait ma conscience moribonde sans regret.
L’arme blanche, l’âme pure, larme blanche…
Folie fatale qui lessive les malédictions et pulvérise les prophéties !
Ces héritages génétiques qui nous poursuivent en meutes.
Remous déliquescents qui tournent en boucle en nos tréfonds…
Qui tournent…
Qui tournent…

Mais les jambes lâchent…
Et la vieille enfant retombe,
Comme le couvercle d’un cercueil…
Fatalement…

Je ressemble à l'absence

L’ogresse au visage de lin a prit ma main dans la sienne.
Et le contact sec a submergé ma paume.
Mais je n’ai rien dit.
Parce que je connais ces instants.
Ces contacts fugaces, ces passages obligés…

Baisse les yeux.

Tout là-haut, juste sous la tempête, ses yeux noirs toisent le monde.
Les miens guettent les pierres acérées du chemin.
Et je trottine…
Il ne faut pas que je musarde,
Sur le sol dur qui sonne creux.

Je ne veux pas t’entendre.

Il y a des lumières dans ma tête de cristal,
Des idées malhabiles qui racontent mes rêves…
Des bêtises que je tais aux rayons du soleil,
Que je ne peux vomir qu’au bas de l’oreiller
Qui m’écoute, le soir.

Pas maintenant.

Mais il faudra faire mieux que disparaître !
Il faudra que je lui ressemble.
Et si je me prends au jeu de l’absence,
Je le ferais sans douleurs et sans cris.
Pour ne pas lui ressembler.

Un Diésel s'il vous plaît !

Du fond de ma tasse de café,
Du bord sale de ce cendrier,
Je regarde passer mon enfance
Et moisir mon adolescence…

Il y a ce tabouret trop haut pour moi,
Ces vittel-pêche, ces chocolats…
Ces drôles de copains de papa
Qui avaient l’alcool dans la voix.

Ça sentait l’œuf dur et l’anis,
Ça fumait des gitanes maïs,
Ça crachait gras sur la police !
Et ça rêvait de belles en cuisses…

Les mains grises cognant sur le zinc,
Les « tête de con ! », les « baltringue ! »…
Les cabines qui cachaient des flingues,
Et les gammas dans les seringues.

Les anecdotes, les histoires,
Assez énormes pour y croire ;
Remorque braquée dans la Loire,
Evaporée dans le brouillard…

Et l’auto-stoppeuse mythique,
Bardot aux attraits atomiques.
Toujours radieuse et sympathique,
En mal de leçons érotiques…

Les dés tintaient sur le tapis,
Se cognaient aux verres de baby ;
Glaçons dansant dans le whisky,
Dans la chaleur et dans le bruit…

Trois heures au troquet à tuer,
Tout ce qui rappelait la journée.
A s’imaginer retraité
Sur une plage aux vents salés…

T’en souviens-tu dis moi, papa ?
Ils sont en moi ces moments là…


C’est à cause d’eux que j’aime l’odeur du bitume chaud, du diesel, de la peinture et du bois coupé. C’est dans tous ces visages, ces bruits, ces voix, que j’ai grandit avec toi. Toi et moi dans ton univers. Tes grosses mains sur le grand volant, j’ai regretté souvent de n’être qu’une fille…

A nous

Il tenait mon corps d’enfant contre le sien,
Il criait aux chevaux d’ouvrir le ciel,
Le vent m’aveuglait de sa lumière,
Les mains nouées à la crinière de lune
Je fendais le couchant Camarguais
De mes prunelles de vierge noire,

Buvant la voix du père qui m’emportait
Vers sa liberté,
La nôtre…
Son parfum de soleil tiède,
Ses mots de tendresse nues,
Et ses rires détonations !

« Rien de ce que tes yeux peuvent voir ne t’appartient fillette,
Rien n’est à toi….Mais tout est à nous ! »

mardi 19 février 2008

Born in 1973

Je suis née en 73
Entre les guerres du khi pour
Les adultères de rancunes,
Et deux frangines de 13 ans…
J’ai du tourner plusieurs fois dans la matrice des pas perdus ;
Au moins 3 fois ça j’en suis sure !
Une fois pour voir la lumière,
Une autre pour lui tourner le dos, la fuir ;
Et une dernière pour lui faire face à cette salope.
J’ai mal aux yeux depuis…
Est-ce que la seule vraie malédiction des vivants, c’est de vivre ?


Dos à dos, à midi au soleil, je t’attendrai.
Un colt de nuit dans chaque main,
Je vais plomber le jour.

Plus jamais les lunettes noires pour regarder ma vie.
Plus jamais la chaleur qui cuit mes illusions.
Juste de quoi voir où poser mes sabots ;
Juste assez de satin au revers du costard
Que j’aurais fait tailler dans du marbre poreux.
Pour respirer…
Un peu.
Avant de regretter l’incandescence du jour.
Avant de lui envier ses renaissances sans limites,
Chaque fois différent,
Chaque fois nouveau, surprenant…
Et moi prisonnière de ma peau, toujours la même chanson.
Je ne suis qu’une bluette jetée au bord d’un puits…
Une rengaine sans paroles, une partition sans portée sérieuse.
Seules les ténèbres me chantent quand les étoiles s’ennuient.
Ecoutez le silence, il vibre de mon nom…
Les rayons du soleil resteront sourds aux oraisons spatiales,
Donc il vaudra mieux pour eux…
Il vaudra mieux mourir ?
Non ?

Le son d'un mot

Il y a des mots qui ont un son particulier.
Un tintement amer,
Une musique douloureuse à l’oreille des souvenirs.
Des mots que l’on ne trouve pas dans les chansons ;
Car leurs harmonies sont discordantes,
Leurs accords trop rigides
Et leurs mélodies… Absentes.

Maman,
Maman,
Maman,
Maman,
Maman…