dimanche 30 mars 2008

Danse !

Danse.
Cisèle ce rêve brut à coup de pieds nus.
Dévisage la musique du bout de tes jambes envoûtées.
Les talons en sang, rends au sol cette vie en sommeil.
Dessine le tempo,
Traduis cette langue antique aux yeux des êtres fixes,
Statiques.
Imprime dans l’air ambiant les tourments de ton corps.
Et contorsionne ton âme au vent des mélopées,
Apprends au temps placide les lois de la transe,
De la fièvre…
Danse.

Parce que la révolution...

Mai 2008 n’aura pas lieu.

Parce que la révolution,
C’est pas fashion…
Parce que la révolution,
C’est écrit dans les livres d’histoire moisis…
Parce que la révolution,
C’est pour les vieux beatniks qui fument du hasch en quittant le bureau.
Parce que la révolution,
C’est une chanson has been…
Parce que la révolution,
Ça fait mal, et c’est pas clean…
Parce que la révolution,
Ça pique les yeux…
Parce que la révolution,
C’est un concept démodé…
Parce que la révolution,
Elle a plus de batterie.
Parce que la révolution,
Elle passe sous un tunnel de confort
Parce que la révolution,
Ne se fait pas dans les troupeaux de moutons clonés
Parce que la révolution,
Ça ne se fait pas sur Internet.
Parce que la révolution,
C’est pour les miséreux désespérés…
Parce que la révolution,
Brûle des voitures à crédit.
Parce que la révolution,
Pille des boutiques d’informatiques
Parce que la révolution,
C’est l’anarchie au pays des droits.
Parce que la révolution,
Ça ne se fait pas.
Ça surgit.

Siamoises

Petite sœur,
Petit oiseau de lumière,
Siamoise attachée par le cœur,
A mon cœur.
Ton nom palpite en ma paume ouverte…
Je ne refermerais rien sur toi,
Je ne veux que te garder ici, au chaud.
Comme un point de première rencontre
A chaque rendez-vous.
Pour être le côté pile de tes sourires,
La gardienne de tes larmes secrètes
Et de tes ivresses indécentes.
Le chat noir silencieux qui te couve du regard
Du haut du balcon de la tendresse.
Cendre de tes incendies solaires,
Je m’envole, atomisée par une bourrasque de distance ;
Mais ne disparaît pas.
Je reste là où tu m’attendras,
De brumes et des pluies…
Là où nous nous retrouverons,
En poussières étincelles…
En retrouvailles,
Toujours.

Causes toujours !

Des langues agiles, j’ai passé l’âge !
Tu mens brigand ! Tu m’embrigades !
Là je vois rouge, je m’endommage !
Stoppe tes serments, tes salades !

Tes ramassis de riviera
Tes pâles copies d’Alhambra
Et tes hamacs sous les tropiques
Tellement grotesques, comiques !

Ravale ta sale ivresse rose
Retiens aussi tes pets de prose !
Reçois l’effet dont tu es cause
Cet uppercut, cette ecchymose.

Pas de promesses, pas de chansons
Quitte à finir ma vie seule
Avec la satisfaction
De t’avoir fait fermer ta gueule.

Arbeit macht frei

Assise au bord d’un charnier à ciel ouvert,
A quoi aurais-je pensé ?
Est-ce que j’aurais regardé en bas, mes frères ?
J’aurais vomi ma peur peut-être…
J’aurais pleuré sans doute…
Et j’aurais attendu.
Attendu qu’il presse la détente,
Qu’il efface ce dernier signe d’obstination ;
Cette survie,
Ce réflexe de respiration,
Cette obstination à être là encore.

Quand j’ouvre les yeux aujourd’hui,
Quand je regarde le monde redevenir fou,
Encore et encore…
Mes pupilles sont les gouffres sans fond de l’absurdité.
Mes veines charrient les gènes de millions de victimes,
Et de millions d’assassins…
Mon ventre portera peut-être le monstre de demain ?
Il porte déjà le deuil de ces nuées d’enfants martyrs,
Ces légions de dos voûtés alignés vers la mort…
Avec en toile de fond,
Cette culpabilité barbelée…
Elle se dessine sur des montagnes de corps enchevêtrés,
Elle sent la fumée, le sang, l’urine !
Les raisons putréfiées, les déraisons condamnées !
Jour après jour, elle s’amenuise en se gravant aux monuments…
Jamais assez de lettres enluminées pour se rappeler des sacrifiés,
Jamais !
Jamais assez de guerres non plus.
Les corps des noyés remontent un jour ou l’autre en surface.
Ceux des jeunes enfants d’abord,
Puis leur mère, leur père,
Leurs oncles, tantes, grands-pères, grands-mères…
Tous.
Toutes ces lignées fantômes qui tourbillonnent en nous, quelque part…
Et qui nous pointent de leurs doigts décharnés,
Qui hurlent leur fin en silence pour rien ne recommence.

Pulvérisés les corps, les chairs, les familles, les souvenirs ;
Qui pourrait imaginer leur douleur ?
Et qui veut encore se souvenir de l’ignominie de nos aïeux ?
Ces anciens qu’on nous apprend à respecter,
Les soi-disant gardiens de la sagesse…
Oui, si on lui ordonne de le faire un homme peut tout faire.
Humilier, salir, torturer, persécuter, brûler, annihiler

De mon père

Je regarde ma peau changer de visage et je pense à la tienne…
Papa.
Il y avait des grands canyons, des ravins de silence dessinés sur tes mains.
Des autoroutes d’habitudes rassurantes,
Des ruelles de délinquances assumées
Et des impasses sans rêves, sans fonds…

Et dans tes paumes ouvertes sur ma fragilité,
Le toucher du bois chaud qui vibre sans but.
Cette écorce de tendresse aux tracés enchevêtrés.
Je suivais patiemment,
De la pointe de mes yeux neufs,
Leurs lignes sombres, dernières gardiennes des souvenirs…

Sous tes yeux que l’essence des jours carbonise,
Se creuse l’oubli en courbes tristes.
Et à ton front, les barreaux de ta prison intime
Laissent les beaux jours s’évaporer
Au prix de l’usure.
La tienne.

Vieil homme aux mains immenses,
Il me revient les ondulations caverneuses de ta voix.
Ses rides précoces et graves qui me berçaient de rires…
Ses variations sur tous les tons de l’adolescence,
Jusqu’à l’extinction,
Sur un non-dit.

lundi 25 février 2008

ECRIRE


L’écriture est vampirique.
C’est un besoin viscéral, une addiction perverse.
Les yeux douloureux de ne pas voir les maux écrits ;
Les mains crispées de ne pas tenir les rennes de l’imaginaire.
La nuque raidie au dessus du blanc avide de la page.
L’esprit créatif, vorace, qui hurle aux tréfonds du vide…
Faire quelque chose de tout ça,
Peindre une litanie de mots en deuil,
Obscurcir les lumières fades du quotidien
Toujours un peu plus.
Trier ses tripes sur la feuille,
Ecarter l’anodin ou l’assaisonner de génie en poudre ;
Jeter les sentiments calcinés par-dessus l’autre bord.
Et recommencer,
Encore,
Tous les jours quelque chose à dire,
A écrire…
Quelque chose à imaginer,
A analyser,
A découper,
A taillader…
Et le servir froid, revu et réanimé.
Trop de chaleur tuerait le style.
Le compagnon de misère du fond et de la forme ;
Il faut apprendre à le préserver, l’honorer,
Ce fantôme muet, cet ange gardien attendu.
L’inspiration en panne,
On peut toujours tricher un peu…
C’est beau la forêt,
C’est nul la guerre, le racisme…
Allo le style ? La forme est chez toi ?
Rappliquez dare-dare, il faut que j’écrive un truc !
Vite !
J’ai mal !
Il faut que ça sorte !
Le stylo au fond de la gorge
Penchée au-dessus de la page,
Une ultime douleur, dernier spasme mêlé de sang…
La pieuvre qui dort en mon crâne crache son encre.
Et je peux la lire.
C’est moi ce vide noir qui grouille sur la page.
C’est moi…
Ce n’est que moi.